À propos des mères accompagnatrices

Gérard Delfau : « Non » au racisme antimusulman. « Oui » à la Laïcité

, par Gérard DELFAU

"Appliquer la règle de neutralité, quant aux signes religieux,[...] aux mères accompagnatrices ne présente pas plus une manifestation raciste que s’il s’agissait d’un père coiffé de la kippa[...] Oui il faut recourir à la loi votée par le Sénat.

Suivre la ligne de crête de la Laïcité-séparation n’est pas facile.

Mais c’est notre règle que nous appliquons au mauvais débat sur les mères accompagnatrices de sorties à l’école publique.

On est en droit d’appliquer la règle de neutralité...

Qui peut légitimement contester le fait qu’une sortie pédagogique, encadrée par des enseignants, fait partie du temps scolaire, comme le montre Eddy Khaldi, président des DDEN et auteur de livres qui font autorité sur l’école ?
De ce fait, l’on est en droit de leur appliquer la règle de neutralité, quant aux signes religieux, imposées par les lois Ferry-Goblet des années 1880 et par la loi du 15 mars 2004.
Appliquer cette règle aux mères accompagnatrices ne présente pas plus une manifestation raciste que s’il s’agissait d’un père coiffé de la kippa.

Je soutiens, je condamne,

Toutefois, j’aurais compris qu’on laisse cette décision au cas par cas, plutôt que d’en faire un débat national rapidement devenu une mauvaise polémique.
Mais, puisque ce stade est dépassé, alors oui il faut recourir à la loi.
Et le texte approuvé par le Sénat, soutenu par Françoise Laborde, et qui implique d’élargir la loi de 2004, est une bonne solution, d’autant qu’elle s’applique à tous les signes religieux, sans exception.

Je soutiens cette initiative, et je suis en désaccord avec les communautaristes d’extrême gauche et de gauche. Mais j’ai l’habitude depuis l’affaire Baby Loup.
L’on m’objecte que le Gouvernement freine cette décision ? Ce fut aussi le cas lors de l’affaire du Voile de Creil en 1989, où Lionel Jospin, ministre d’État, s’était défaussé, laissant une situation conflictuelle jusqu’à ce que le Président Chirac prenne l’initiative de la loi de 2004.
Déjà à cette époque-là j’avais soutenu sa proposition, malgré les réserves de la gauche.
Ceci étant posé, je condamne absolument le racisme antimusulman, que je n’appelle pas « islamophobie [1] ».
Je condamne avec la plus grande fermeté l’acte criminel de Claude Sinké tirant sur des concitoyens de confession musulmane devant la mosquée de Bayonne.
De même, l’attitude du conseiller régional FN à l’égard d’une mère voilée accompagnant son enfant, est inacceptable et doit être sanctionnée.

Pour résumer mon propos : « Non » au racisme antimusulman ou antijuif – je pense ici aux meurtres commis par Mickaël Harpon à la Préfecture de police de Paris.
Mais « Oui » à la Laïcité.

Et, ce faisant, je suis solidaire des luttes qui se mènent un peu partout dans le monde, généralement à l’initiative des femmes, contre la pression sur les libertés individuelles, qu’exercent des intégristes, qu’ils soient islamiques, catholiques, juifs, évangéliques, etc.
Et je regarde avec intérêt la mise en cause du système politique de confessionnalisation au Liban et en Irak. Céder sur la Laïcité en France serait affaiblir leur cause. Ils nous le disent.

Gérard DELFAU 06-11-2019

Notes

[1Pour la même raison que donnait Jean-Luc Mélenchon sur Twitter, le 21 novembre 2015 : « Je conteste le terme d’islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l’islam, comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme. » Mais, contrairement à lui je n’ai pas changé d’avis et je ne participerai donc pas la marche du 10 novembre, qui prétend faire le procès d’un « racisme d’État » et qui est en fait un soutien à l’islam politique, représenté par le CCIF.