CNAL : La Laïcité et l’École : un colloque qui fera date. Gérard Delfau

, par Gérard DELFAU

J’ai participé au passionnant colloque du Comité National d’Action Laïque sur le thème : La Laïcité et l’École, et j’ai eu le bonheur de constater à quel point les points de vue sur la laïcité se rapprochent entre les grandes organisations qui composent cette instance. [1] .

Tout au long de la journée, j’ai observé une convergence des interventions sur des sujets qui, récemment encore, divisaient le camp laïque. En effet, désormais, il y a unanimité pour affirmer que le terme Laïcité ne doit pas être déformé, détourné ou instrumentalisé par l’adjonction d’un adjectif épithète : ouverte, positive, inclusive, accommodante, etc. « La laïcité, point final ! », avait écrit Gérard Biard, le 14 janvier 2015, dans son bel éditorial de Charlie Hebdo, au lendemain des attentats. Nous y sommes, et c’est un progrès considérable. Dans le même ordre d’idées, il y a un accord général sur la légitimité et l’utilité de la loi du 15 mars 2004, portant interdiction des signes religieux à l’école. Aucune mise en cause et ou critique ne s’est exprimée sur le fond dans les interventions, alors que son application peut être sujette à contestation par des élèves ou des parents. Là encore, c’est une avancée.

Bien sûr, il reste bien des nuances sur un sujet aussi brûlant que La Laïcité et l’école. Il demeure même des désaccords, par exemple à propos des accompagnatrices et accompagnateurs adultes, lors des sorties scolaires. Mais sur l’essentiel ̶ c’est-à-dire le respect des lois de la III e République instaurant la neutralité de l’école publique, tout comme la reconnaissance de la loi de 1905, comme fondement de notre démocratie ̶ il n’y a plus de divergences dans cette enceinte, dont la représentativité est considérable. C’est un progrès décisif. Et nous le devons à la nouvelle équipe du CNAL : Jean- Paul Delahaye, président (et vice-président de la Ligue de l’Enseignement), et Rémy-Charles Sirvent, secrétaire général (et secrétaire national SE. UNSA). Qu’ils en soient remerciés, eux et toute l’équipe d’organisation.

De nombreuses interventions, à l’occasion de trois tables rondes, ont confirmé la prise de conscience collective sur les risques que faisait courir à l’institution scolaire, et donc à la République, la passivité face à la transgression du principe de laïcité, ou, pire encore, l’adoption d’une attitude complaisante devant les dérives communautaristes. Je citerai, parmi les plus significatives, celle d’Alain Seksig, inspecteur général et ancien membre du Haut Conseil à l’Intégration, de Iannis Roder, professeur d’histoire et géographie en Seine-Saint-Denis, de Lydia Advenier, chef d’établissement à Lyon et membre de la direction du SNPDEN. [2] , mais aussi celle d’Eddy Khaldi, président des DDEN et auteur de Main basse sur l’école publique, ou, enfin, de Raymond Artis, président de la FCPE. Dans le même temps des universitaires apportaient un éclairage sociologique et historique sur la situation actuelle, ou esquissaient des solutions. En fait, il me faudrait citer tout le monde, tant la qualité et l’homogénéité des prestations étaient grandes.

La longue intervention du ministre, M. Blanquer, en clôture, a confirmé cette tonalité générale très positive. Il a rappelé le rôle de la Charte de la laïcité, que nous devons au précédent gouvernement. Il a commenté le nouveau Vade-mecum : La laïcité à l’école, qui remplace le Livret- laïcité de Mme Najat Vallaud-Belkacem, et qui est beaucoup plus net dans ses formulations. Mais surtout, il s’est engagé à un soutien immédiat par son administration des personnels confrontés à un refus des normes de l’école ou du contenu de l’enseignement au nom de croyances religieuses. Il a, par ailleurs insisté sur la fonction, à ses côtés, du Conseil des sages, que préside Dominique Schnapper et où siègent des personnalités laïques, comme Patrick Kessel. Globalement on sent le ministère plus volontariste pour assurer le respect de la laïcité dans les établissements ; et c’est une bonne nouvelle pour les personnels qui affrontent les difficultés, sur le terrain ; or, ils sont nombreux, plus qu’on ne le dit d’ordinaire, comme l’a montré l’enquête d’opinion accompagnant le colloque.

Au total donc, l’impression réconfortante que le rôle de l’école publique dans l’acquisition de l’esprit critique chez les élèves est conforté face à la pression des intégrismes (et pas seulement l’Islam politique). Plus que jamais l’école publique laïque doit être un lieu d’émancipation, un lieu d’apprentissage de la liberté de conscience chez les enfants et les adolescents, ce que ne peut pas être, par nature, l’école privée confessionnelle. C’est même l’un des deux marqueurs du « caractère propre » de l’école publique, ai-je coutume de dire : elle est publique et laïque, tout à la fois. Tel était l’objectif de Jules Ferry et des pionniers de la IIIe République. Plus que jamais, en ces temps de regain des obscurantismes, partout dans le monde, et d’incertitudes dans notre démocratie, c’est le nôtre, comme l’a illustré la manifestation du CNAL.

Gérard DELFAU
Juin 2018

Notes

[1Les délégués départementaux de l’Éducation nationale (DDEN) ; la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ; la Ligue de l’Enseignement ; l’Unsa-Éducation et le SE-Unsa.

[2Ce syndicat très représentatif regroupe les personnels de direction et se prononce pour une attitude ferme en cas d’atteintes à la laïcité dans les établissements. Il est affilié à l’Unsa-Éducation.


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